Banxico respecte-t-elle son mandat de préservation du pouvoir d’achat?

(Expansion) – Le mandat constitutionnel du Banco de México est de préserver le pouvoir d’achat de la monnaie. Pour remplir son mandat unique, la banque centrale a mis en œuvre il y a des années la politique de ciblage de l’inflation, qui dès le début était fixée à 3% avec une marge d’erreur d’un point de pourcentage de chaque côté. Avec cet objectif d’inflation, la banque utilise les outils de politique monétaire à sa disposition pour aider à atteindre cet objectif.

Je le répète, pour aider, car la banque elle-même ne peut pas atteindre une telle stabilité des prix en utilisant ses outils de politique monétaire. Ce sont les agents économiques qui, sur la base de cet objectif et des risques inflationnistes, ajustent leurs propres anticipations et gèrent leurs prix, marges et profits dans cette dimension. L’ajustement des prix des produits de détail (matière première de l’inflation), sont des décisions particulières prises par des millions d’agents économiques, indirectement influencés par les décisions de politique monétaire et les pressions et risques inflationnistes. En fin de compte, l’inflation est une moyenne macro pondérée de millions de décisions individuelles. Disons que la cible d’inflation fixée par la banque centrale sert comme une sorte de signal d’autorisation ou de plafond auquel il est acceptable d’augmenter les prix sans que l’institut n’intervienne en modifiant les conditions monétaires au niveau agrégé. Dans une logique commerciale, les agents économiques – qui sont tous des détaillants – vont adhérer à la fourchette supérieure acceptée par la banque centrale. Après tout, aucun commerçant ne veut vivre dans un monde d’inflation ou de déflation nulle, car cela conduirait à une éventuelle dépression économique. De plus, les commerçants recherchent des loyers et ceux-ci se retrouvent en grande partie dans les hausses de prix juteuses. On peut dire que l’objectif d’inflation a été atteint à temps. Si le graphique historique de l’inflation mensuelle annualisée est analysé pour pratiquement n’importe quel mois de l’année, l’inflation sous-jacente (ce qui compte) se situe entre 3% et sa fourchette supérieure de 4%. En revanche, pendant toutes les années où la banque centrale a cherché la convergence de l’inflation vers son objectif – avec sa marge d’erreur -, tant la situation économique que la politique monétaire et budgétaire, le potentiel de croissance et la la croissance économique ont été des variantes. Nous avons vu certaines étapes d’expansion et d’autres de récession économique. Cependant, l’objectif de 3% plus un point de pourcentage est resté inchangé.

Pour cette raison, la réduction de l’inflation sous-jacente ces dernières années a été moins dépendante des cycles monétaires et des pressions structurelles de l’économie mexicaine sur le niveau des prix. L’exception est l’année 2017, où il y a eu un ajustement des prix en arrière et massif qui a généré de l’inflation. Un ajustement qui d’ailleurs provenait d’une bulle monétaire provoquée depuis 2014. En revanche, un objectif de 3-4% implique que la banque centrale accepte tacitement une inflation plus large, aussi bien en période d’expansion qu’en période de récession, qui me semble une erreur pour une raison simple: si nous voulions préserver le pouvoir d’achat de la monnaie, mais aussi le niveau de bien-être des populations en période de contraction, il faudrait réduire l’objectif d’inflation, afin de maintenir un niveau de production réel acceptable face aux réductions du produit nominal. Mais ce n’est pas tout. En autorisant un objectif d’inflation de 3 à 4%, la banque centrale accepte implicitement des déficits lâches du compte courant. L’économie mexicaine étant traditionnellement déficiente à l’étranger, l’importation de produits soumis à des prix volatils peut être indirectement incitée, compte tenu des risques de change qui se matérialisent constamment dans la dépréciation du peso. L’avantage le plus important est une défense plus efficace du pouvoir d’achat. En période de contraction économique, un objectif de 3 à 4% est très élevé et réduit considérablement le pouvoir d’achat des familles à faible revenu. En revanche, lorsque les risques inflationnistes sont faibles, un objectif d’inflation plus bas limite la recherche de loyers favorisant les entreprises, au profit des consommateurs. Au contraire, lorsqu’il y a des pressions inflationnistes, elle encourage la recherche de gains d’efficience de la part du détaillant et des producteurs. En outre, un objectif d’inflation plus bas limiterait la dépendance excessive à l’égard des produits finaux importés évalués en dollars et, à terme, serait incité à créer l’usine de production nationale. En d’autres termes, des gains d’efficacité des importations pourraient être générés.

La cible d’inflation sert de signal que tous les traders devraient prendre en compte lors de la planification de leurs objectifs financiers. Si le signal actuel est dépassé et que la banque centrale ne remplit donc pas son mandat, il doit être resserré. Une réduction de l’objectif à 2-2,5% avec un point d’erreur ne doit pas effrayer les décideurs. Partant du principe que l’inflation sous-jacente ne descend pas en dessous de 3-4% et qu’elle augmente même en période de récession, l’objectif actuel est déjà court et il est nécessaire de l’adapter à la nouvelle époque. Note de l’éditeur: Iván Franco est le fondateur et directeur du cabinet de conseil en veille concurrentielle Triplethree International. Suivez-le sur Twitter et LinkedIn. Les opinions exprimées dans cette chronique appartiennent exclusivement à l’auteur. Voir plus d’informations à ce sujet et sur d’autres sujets dans la chaîne Opinion

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